Voytek Kurtyka
«Les montagnes m’ont donné ce que je cherchais»

Texte: 30° Degrés Magazine: Laurent Grabet | Photo: Joanna Korzeniows

Le légendaire Voytek Kurtyka a été honoré d’un Piolet d’or d’honneur à la Grave (F) en avril. A cette occasion, le très discret alpiniste polonais nous a accordé une interview.

Visage émacié relevé d’un regard minéral et d’un sourire mi-gêné mi-moqueur. Corps longiligne et gracieux dédaigneux de ses 68 ans. Voilà, en chair et en os, l’alpiniste polonais Wojciech (Voytek) Kurtyka, vêtu d’une doudoune verte et d’une élégante écharpe qui confèrent au montagnard un air de dandy. Père de deux grands enfants, l’homme continue de grimper pour le plaisir, mais se dit désormais davantage porté sur le bouddhisme, le jardinage et la contemplation.

On vous sent mal à l’aise avec cette récompense pourtant décernée par vos pairs. Pourquoi ? J’ai eu du mal à l’accepter car le faire pouvait relever de la vanité, mais la refuser aussi. Le risque d’être ainsi honoré, c’est de se retrouver happé dans l’illusion d’être mieux ou plus important que les autres. C’est potentiellement un poison qui rend esclave de son ego, alors que pour moi l’alpinisme est précisément une aspiration à la liberté située à l’exact opposé !

En relisant vos très rares interviews, on a l’impression que, pour vous, l’alpinisme est surtout quelque chose d’ordre spirituel. Est-ce le cas ? En un sens, oui, même si j’ai tout de même aimé la partie sportive de ces défis qui poussent à se dépasser – sauf lorsqu’ils excitaient en moi un esprit de compétition. J’ai arrêté le haut-niveau quand j’ai eu le sentiment que la montagne m’avait donné les réponses que j’y cherchais. Aujourd’hui, je me sens davantage dans l’unité avec tout ce qui vit en ce monde. Cette prise de conscience est passée par une connexion à la nature que j’ai aiguisée à travers l’alpinisme, mais qui aurait tout aussi bien pu se faire autrement. (...)

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