Frissons dans «le Grand Nord»

Posté par Jeremy BernardTexte 30° Magazine / Images Jeremy Bernard

Parti en ski-trip au Groenland, le photographe Jérémy Bernard en revient avec de superbes images et des souvenirs sublimés de grands moments d’humanité. Il raconte.

Skier des couloirs au Groenland? Jérémy Bernard s’y est essayé en mars dernier, défiant les froids polaires et les conditions extrêmes de la seconde plus grande masse glaciaire au monde. Le photographe français, âgé de 28 ans, n’oubliera jamais cette épopée de deux semaines, dont il est revenu avec un goût de viande de phoque à la bouche. «Nous avons tous eu l’impression d’être sur une autre planète et, d’une certaine manière, nous l’étions. Partager le mode de vie des Inuit a été une expérience unique. Elle nous a ouverts à de nouveaux horizons et à de nouveaux rêves de voyages.»

Malgré son enneigement omniprésent, la grande île danoise n’a rien, encore, d’une destination de ski balisée. Il se pourrait bien qu’il en soit autrement à l’avenir. Deux guides accompagnaient en effet Jérémy au Groenland – dont Yann Delevaux, directeur de la prestigieuse Compagnie des guides de Chamonix. Ils sont désormais bien décidés à y emmener leurs clients dès le printemps prochain.

Sur place, la joyeuse équipe évolue tour à tour à peau de phoque, en motoneige ou en hélicoptère dans les régions de Qeqertarsuaq, une petite ville de 600 âmes, et de Kangerluk, un hameau ravitaillé par bateau seulement deux fois l’an – où vivent tout juste 17 habitants pour une centaine de chiens de traineau! Entre repérages, belles images et plaisir partagé, ils y déflorent quantité de couloirs vierges.

«Sur chaque spot, le scénario est grosso modo le même. A savoir, une neige abrasive, comparable à de l’artificielle non travaillée sur les premiers mètres, puis rapidement un agréable tapis de poudreuse épais d’une dizaine de centimètres et du ski de rêve», explique Jérémy. Par des températures flirtant souvent avec les -25 °C, chaque descente est bien souvent célébrée d’une bonne tasse de thé brulant.

Un soir, cette agréable routine se termine à même la banquise. C’est alors que Ove, un des trois Inuit accompagnant le groupe de skieurs, entonne un air semblant venu de la nuit des temps. «Dans ses yeux se lisait la fierté de ses origines. Son chant a été suivi de plusieurs minutes de parfait silence. Nous avions tous les larmes aux yeux. C’était un moment très fort émotionnellement. Jamais je ne m’étais senti aussi proche d’une personne qui m’était inconnue trois jours plus tôt...» raconte Jérémy.

D’autres temps puissants marquent le voyage. Une aurore boréale admirée, éméchés, au pied d’un iceberg. La chorégraphie sanglante d’une chasse au lièvre blanc par des renards polaires, qui se prolonge toute une après-midi au son de la houle. Une journée passée à observer les Inuit, habillés de peau d’ours, pêcher le phoque par un trou dans la glace. «Ici, le temps avance au rythme d’un traîneau tiré par un attelage de chiens. Parfois, le ciel et les nuages ont l’air plats et méchants, puis le soleil revient éclairer toute cette parfaite création et l’on ressent une joie profonde nous envahir… », écrit Jérémy dans le beau récit de voyage qu’il a rédigé à son retour. Quelques lignes plus loin, cette phrase sonne comme un résumé de toute l’aventure: «Je sens la morsure du froid et, instinctivement, je frissonne sans vraiment savoir s’il ne s’agit pas plutôt d’un frisson d’excitation…»


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