30° Degrés Magazine - Les 8'000 de l’Himalaya

Les 8'000 de l’Himalaya
l’ont ensorcelée

Texte: 30° Degrés Magazine: Laurent Grabet | Photo: Sophie Lavaud | Parution: 06.12.2018

Venue à l’alpinisme sur le tard, Sophie Lavaud vient pourtant de réussir l’ascension du K2, le plus difficile des quatorze 8’000 m de la planète. Son huitième. Rencontre avec une femme hors du commun.

« Un jour viendra où je passerai à autre chose, sans regret, mais tant que le plaisir, l’envie et la condition physique sont là, je continue ! » Nous sommes début août et le regard de Sophie Lavaud trahit encore une fatigue dont on ne se remet pas en quelques jours. Ses mots, eux, disent la passion qui lui a permis, quelques semaines après son 50e anniversaire, de rallier les 8’611 m d’altitude du sommet du K2, le 21 juillet dernier. La Genevoise est revenue extatique de ces deux mois passés hors du monde – « dans un autre monde », préfère-t-elle dire. Cet univers, elle l’a découvert en 2012, il y a six ans seulement : l’Himalaya, ses majestueux 8’000 et leur « zone de la mort », où l’embolie pulmonaire menace, mais où Sophie Lavaud se sent si vivante.
Le K2 est probablement le plus difficile de tous. « C’est la montagne de tous les superlatifs. La plus dure, la plus dangereuse, la plus engagée, la plus tout », assène l’alpiniste franco-suisse, membre de la section genevoise du CAS (Club Alpin Suisse). À son poignet droit, huit petits bracelets témoignent de son palmarès : déjà huit des quatorze sommets de 8’000 m que compte la planète, dont deux raliés sans oxygène. Un record de Suisse et de France, qui lui vaut désormais le surnom de « The 64’000 Lady » (car 8 x 8’000 = 64’000) ! « J’ai appris après coup que je suis aussi la première Suissesse à avoir foulé le sommet du K2. La course aux quatorze 8’000 n’est pas un but mais une sorte de Graal. Seules quatre femmes au monde l’ont menée à bien jusque-là et, il faut le reconnaître, je suis quand même fière d’avoir gravi ce K2 », lâche-t-elle, assise dans un troquet de Meinier (GE) à deux pas de la frontière franco-suisse.

Un pari qui a tout changé
Sophie Lavaud est du genre discrète, pudique même, « habitée d’une volonté de garder le contrôle », confesse-t-elle – volonté qui l’a bien souvent aidée en montagne. Si la Genevoise aime parler alpinisme, elle n’aime guère se livrer et, loin de le rechercher, préfère éviter l’objectif des photographes. Son parcours vers ces 8’000 auxquels pas grand-chose ne la prédestinait se trace ainsi par bribes, par aveux successifs, dessinant peu à peu une fresque XXL : ce premier pari fait avec un ami qui mena Sophie Lavaud au sommet du mont Blanc en 2004, sa passion bouleversante pour l’alpinisme et, bien des années d’efforts plus tard, cet époustouflant doublé Shishapangma (8’027 m) – Cho Oyu (8’201 m) en 2012.
Son père, ancien chasseur alpin, et sa mère férue de marche l’emmenaient souvent, avec son frère, crapahuter dans le massif du Mont-Blanc, depuis leur résidence secondaire d’Argentière, dans la vallée de Chamonix. « On ne faisait pas d’alpinisme, mais on s’était choisi chacun une montagne à laquelle on disait bonne nuit avant de se coucher, se souvient Sophie. Moi, j’avais la Verte et mon père les Drus. C’est d’ailleurs la dernière des « montagnes des Lavaud » qu’il me reste à gravir ! » (...)

Pour lire la suite, abonnez-vous ! cliquez ici !

FacebookTwitterEmailPinterestAddthis
Fermer